Moyen-Orient

Iran, Israël, États-Unis : la guerre qui rappelle au monde que seule la puissance fait la loi, une leçon pour les pays de l'AES.

Publié le 29/03/2026 Mis à jour le 29/03/2026

Iran, Israël, États-Unis : la guerre qui rappelle au monde que seule la puissance fait la loi, une leçon pour les pays de l'AES.

Dans le langage officiel des chancelleries, on parle de droit international, de stabilité régionale, de sécurité collective et de respect de la souveraineté. Mais dès que les intérêts vitaux des grandes puissances sont en jeu, ce vocabulaire s’effondre brutalement devant une réalité bien plus ancienne, bien plus brutale et bien plus constante : dans les relations internationales, ce n’est pas le droit qui décide, c’est la puissance. La guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran vient une nouvelle fois le rappeler au monde entier. Lorsqu’un État possède la supériorité militaire, technologique, financière et diplomatique, il peut frapper, imposer son calendrier, redéfinir les lignes rouges et agir sans attendre l’approbation des institutions internationales. Dans ces moments de vérité, l’Organisation des Nations unies apparaît souvent non pas comme l’arbitre du monde, mais comme le spectateur impuissant d’un ordre international dominé par les rapports de force. Ce conflit ne doit donc pas être lu uniquement comme une guerre de plus au Moyen-Orient. Il doit être compris comme une démonstration stratégique à ciel ouvert : celle d’un monde où les puissants s’autorisent ce qu’ils interdisent aux autres, où les normes internationales s’appliquent avec sévérité aux faibles mais avec souplesse aux dominants, et où la survie des États dépend moins des principes proclamés que de leur capacité réelle à se défendre. C’est précisément pour cette raison que les nations vulnérables, notamment dans des régions exposées comme le Sahel, doivent observer cette guerre non comme un simple événement lointain, mais comme un avertissement historique. Car dans le monde qui vient, les États qui ne construiront pas leur puissance militaire, économique et stratégique risquent de découvrir trop tard que, dans l’arène internationale, la faiblesse n’est pas pardonnée.

Dans les relations internationales contemporaines, une réalité demeure constante : la puissance reste le facteur déterminant qui structure l’ordre mondial. Les institutions internationales, les traités et les normes juridiques jouent un rôle important dans la régulation des relations entre États, mais ils se trouvent souvent relégués au second plan lorsque les intérêts stratégiques des grandes puissances sont en jeu. Les tensions militaires récentes entre les États-Unis, Israël et l’Iran illustrent parfaitement cette dynamique. Les frappes aériennes initiales visant des infrastructures militaires et stratégiques iraniennes ont déclenché une escalade militaire dans toute la région. En réponse, l’Iran a lancé des attaques de missiles et de drones et missiles contre certaines installations américaines et des cibles stratégiques liées à ses adversaires, ce qui a alimenté les craintes d’une extension du conflit à l’échelle régionale. Au-delà des pertes humaines et des destructions, cette crise met en lumière une vérité fondamentale de la géopolitique contemporaine : dans un système international marqué par l’absence d’une autorité centrale capable d’imposer des règles contraignantes, les États les plus puissants disposent d’une liberté d’action considérable pour défendre leurs intérêts.

Au lendemain des premières opérations militaires, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a défendu la position de Washington en affirmant que les États-Unis agissaient avant tout pour protéger leurs intérêts nationaux et ceux de leurs alliés. Dans ses déclarations publiques, il a expliqué que l’objectif des opérations consistait à neutraliser certaines capacités militaires iraniennes jugées menaçantes, notamment dans les domaines naval, balistique et nucléaire. Il a également insisté sur le fait que les États-Unis n’avaient pas initié le conflit mais qu’ils étaient déterminés à le mener jusqu’à ce que leurs objectifs stratégiques soient atteints. Ce type de discours reflète une posture classique des grandes puissances : lorsqu’elles estiment que leur sécurité ou leur position stratégique est menacée, elles peuvent décider d’agir unilatéralement, sans attendre nécessairement l’approbation des institutions internationales telles que l’Organisation des Nations unies. Dans ce contexte, la force militaire supérieure devient un instrument permettant d’imposer ses décisions et de défendre ses intérêts, même lorsque cela suscite des critiques ou des tensions sur la scène internationale.

Cette situation confirme largement les analyses développées par les théories réalistes des relations internationales. Selon ces approches, le système international est fondamentalement anarchique, c’est-à-dire qu’il n’existe pas d’autorité suprême capable de faire respecter des règles universelles de manière contraignante pour tous les États. Chaque pays doit donc compter avant tout sur ses propres capacités pour assurer sa sécurité et préserver sa souveraineté. Le théoricien du réalisme classique Hans Morgenthau expliquait déjà que les États pensent et agissent principalement en fonction de leur intérêt national défini en termes de puissance. Dans cette perspective, les considérations morales ou juridiques existent mais elles deviennent secondaires lorsque les intérêts vitaux d’un État sont menacés. De son côté, Kenneth Waltz, figure majeure du réalisme structurel, soutenait que dans un environnement international incertain, les États cherchent naturellement à accumuler de la puissance afin d’assurer leur survie. Ce qu’un pays considère comme une mesure de défense peut être interprété par un autre comme une menace, créant ainsi un dilemme de sécurité permanent. Dans ce cadre, la puissance militaire, économique et technologique devient l’élément central qui détermine la capacité d’un État à influencer l’ordre international.

Cette réalité géopolitique concerne également les régions plus vulnérables du système international, notamment le Sahel. Les pays regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel — le Mali, le Burkina Faso et le Niger — doivent tirer des enseignements importants de ces dynamiques mondiales. Dans un environnement international marqué par la compétition stratégique entre grandes puissances, ces États doivent réfléchir à leur sécurité et à leur souveraineté sur le long terme. La région du Sahel possède plusieurs caractéristiques qui renforcent son importance géopolitique. D’une part, elle dispose d’un sous-sol particulièrement riche en ressources naturelles stratégiques, notamment en or, en uranium, en pétrole et en divers minerais essentiels aux industries modernes. Le Niger, par exemple, est l’un des principaux producteurs d’uranium du continent africain, tandis que le Mali et le Burkina Faso figurent parmi les plus importants producteurs d’or en Afrique. Dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique et par la compétition pour l’accès aux ressources, ces richesses naturelles peuvent susciter l’intérêt de nombreuses puissances internationales.

D’autre part, la position géographique du Sahel renforce son importance stratégique. Située entre l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, cette région constitue un espace charnière dans les dynamiques politiques, économiques et sécuritaires du continent africain. Cette position peut attirer des influences extérieures multiples, qu’elles proviennent des États-Unis, de la Russie, de la Chine ou d’autres puissances émergentes susceptibles de développer des ambitions stratégiques dans la région. Les rivalités entre grandes puissances peuvent ainsi se projeter dans des régions où les États restent encore fragiles sur le plan militaire, économique ou institutionnel.

Par ailleurs, certaines évolutions internes pourraient également jouer un rôle dans les dynamiques géopolitiques futures. Dans plusieurs pays du Sahel, l’islam constitue la religion majoritaire et certains courants religieux ou politiques pourraient, à long terme, influencer les orientations institutionnelles des États. Dans un contexte international marqué par des divergences idéologiques entre différentes visions du monde, de telles évolutions pourraient susciter des inquiétudes ou des réactions de la part de certaines puissances extérieures. Qu’il s’agisse de considérations religieuses, économiques ou stratégiques, la région pourrait ainsi devenir un espace d’attention croissante dans les rivalités internationales.

Les événements récents de la scène internationale offrent plusieurs exemples qui illustrent l’importance de la puissance dans les relations entre États. L’effondrement de la Libye après l’intervention militaire en Libye de 2011, la guerre en cours en Ukraine depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, ou encore les tensions militaires actuelles au Moyen-Orient montrent que les rivalités entre puissances peuvent profondément transformer l’équilibre politique de certaines régions. Ces crises rappellent qu’un État qui ne dispose pas de capacités suffisantes pour protéger ses intérêts peut rapidement devenir vulnérable face aux pressions extérieures ou aux dynamiques de conflit.

Dans ce contexte, les États du Sahel doivent penser leur sécurité dans une perspective de long terme. La construction d’une véritable profondeur stratégique implique de renforcer les capacités militaires, de développer une coopération régionale solide et d’investir dans les infrastructures économiques et industrielles nécessaires à l’autonomie stratégique. L’Alliance des États du Sahel représente à cet égard une tentative de réponse collective aux défis sécuritaires et géopolitiques de la région. Les projets de coopération militaire, d’intégration économique et de coordination politique pourraient constituer des étapes importantes vers la consolidation de leur souveraineté.

L’objectif pour ces États doit être de construire, sur les vingt ou trente prochaines années, une stratégie globale capable de renforcer leur résilience et puissances militaires face aux pressions extérieures. Cela implique de développer des forces armées plus efficaces, de sécuriser leurs ressources naturelles, de diversifier leurs partenariats internationaux et de bâtir progressivement une autonomie économique réelle. Sans cette préparation stratégique, certains États risquent de rester vulnérables ou disparaitre dans un environnement international marqué par les rapports de force.

En définitive, les tensions militaires actuelles au Moyen-Orient rappellent une leçon ancienne mais toujours pertinente : dans le système international, la puissance reste l’un des principaux facteurs qui déterminent la capacité des États à défendre leurs intérêts et à préserver leur souveraineté. Pour les nations plus fragiles, notamment dans des régions stratégiques comme le Sahel, l’enjeu consiste à tirer les enseignements de ces crises afin de construire des États plus solides, capables de protéger leur territoire, leurs ressources et leur indépendance dans un monde où la compétition entre puissances demeure une réalité structurante.

Almoubarak Elhadji Tiekoura
Analyste géopolitique

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